La famille Frossard
La famille Frossard est originaire du canton de Vaud en Suisse romande. Émilien est le huitième enfant de Marie-Anne Drouin et de Benjamin-Sigismond Frossard. Son père était pasteur à Lyon puis à Paris où il participa en 1801-1802 à l’organisation du culte réformé en France (loi du 18 germinal an X). Émilien restera marqué par l’engagement de son père qui, à la suite d’un voyage en Angleterre en 1784-1785, fit campagne contre la traite des Noirs. Émilien épousa Isabella Trye à Bath en Angleterre le 25 juillet 1826 et de cette union naquirent quatre enfants.
Émilien, pasteur à Nîmes
Pasteur de l’Église réformée, entre 1825 et 1847 à Nîmes, Émilien Frossard fut nommé chevalier de la Légion d’honneur le 5 mai 1840. Lors de ses visites aux familles, il avait été touché par l’état de santé des malades qui rechignaient à se rendre à l’hôpital où ils craignaient « d’être traités en hérétiques par le personnel religieux dont ils ne partageaient pas la foi ». C’est pourquoi, avec des amis et des collègues pasteurs, il créa en 1842 une maison de Santé protestante à Nîmes qui fut reconnue d’utilité publique par décret du 14 mars Par ailleurs, souhaitant que l’on pût faire mémoire de l’histoire protestante, il participa à la création, à Paris, de la société d’Histoire du protestantisme français (SHPF), en 1852


La société Ramond
Dès 19 ans, il était tombé sous le charme des Pyrénées dont il parcourait les sentiers, aussi souvent que possible, pour explorer la montagne et collectionner fossiles, pierres et minéraux. Plus tard, il partagea sa passion avec ses deux fils, Charles-Louis et Émilien-Sigismond (ce denier s’installa à l’abbaye de l’Escaladieu). Convaincu de l’importance du principe associatif, le 19 août 1864, à Gavarnie, il fut à l’origine de la création de la société Ramond, avec Charles Packe et Henry Russell, société savante grâce à laquelle fut construit l’Observatoire du Pic du Midi.
Des amis du pasteur Frossard : la famille Binyon
Alfred Binyon et son épouse Lucy Hoyle
George Binyon writes to George Webster
Excerpt from the letter : My dear Sir
I write to you from this place not to describe to you what we have seen but what we are suffering. Mrs Binyon and I have been here 12 days … daughter Emily who took the smallpox somewhere on our journey … laid her up completely on our arrival here.
We got to Bagneres de Bigorre on the 21st ult. I took a very nice house, with grounds as extensive and very similar to Yewbarrow1 for one month. After exploring Bagneres we are setting off to Cauterets through the celebrated valley of Argeles (?) which is indeed most beautiful. At Cauterets Emily took to her bed and Miss Brown stayed with her – the rest of us went to the Pont d’Espagne on horses, except that Mrs B2 had a chaise a porteurs3. The ascent is very steep and rapid, the gorge of the Gave de Pau very fine and the Cascades the very … I have ever seen.
1 A house in Grange-over-Sands where Alfred and family were living while Merlewood was being built.
2 Alfred’s wife Lucy Binyon.
3 French term for sedan chair.

George Binyon écrit à George Webster

Extrait de la lettre : Cher Monsieur
Je vous écris d’ici non pas pour vous décrire ce que nous avons vu, mais ce que nous souffrons. Mme Binyon et moi-même sommes ici depuis 12 jours … notre fille Emily, qui a attrapé la variole quelque part au cours de notre voyage … l’a complètement clouée au lit à notre arrivée ici.
Nous sommes arrivés à Bagnères de Bigorre le 21 septembre. J’ai pris une très belle maison, avec des terrains aussi vastes et très similaires à Yewbarrow1 pour un mois. Après avoir exploré Bagnères, nous partons pour Cauterets en passant par la célèbre vallée d’Argeles ( ?) qui est vraiment très belle. A Cauterets, Emily s’est mise au lit et Miss Brown est restée avec elle – le reste d’entre nous est allé au Pont d’Espagne à cheval, à l’exception de Mme B2 qui avait une chaise à porteurs3. La montée est très raide et rapide, la gorge du Gave de Pau très belle et les Cascades les plus … que j’ai jamais vues.
1Lettre originale conservée par le Cumbria Record Office, Kendal (référence WDX1315) et incluse avec leur permission. Une maison à Grange-over-Sands où Alfred et sa famille vivaient pendant la construction de Merlewood.
2Lucy Binyon, l’épouse d’Alfred.
3En français dans le texte.
HOYLE Lucy (1802 à Manchester-1853 à Bagnères)
194 : Acte de décès
« L’an mil huit cent cinquante-trois, le 7 Novembre à neuf heures du matin, en l’hôtel de la Mairie de Bagnères, par devant nous, Jean-Marie Dossun, Premier adjoint au Maire de cette ville, délégué pour faire les fonctions d’Officier Public de l’État Civil de ladite ville, ont comparu Messieurs Émilien Frossard, Ministre Protestant, âgé de cinquante un ans et Pierre Meynier, ancien instituteur, âgé de quarante ans,, domiciliés à Bagnères ; lesquels ont déclaré que Madame Lucy Hoyle, rentière, native de Manchester (Angleterre) âgée de cinquante un ans, épouse de M. Alfred Benyon (sic) de Manchester, est décédée le jour d’hier à midi un quart, dans la maison de Madame veuve Bordeu, place de Montolivet ainsi que nous nous en sommes assuré.
Après lecture faite du présent acte aux comparants, nous avons signé avec eux.


ALFRED BINYON (1800-1856)
Alfred Binyon est né à Manchester le 16 février 1800, dans une famille quaker d’hommes d’affaires et de commerçants. Après avoir épousé Lucy Hoyle en 1828, il est devenu partenaire de la firme de son beau-père Thomas Hoyle and Sons of Mayfield ; il a ensuite été impliqué dans cette entreprise bien connue d’imprimeurs de calicot pendant le reste de sa carrière. Il participe également à la vie intellectuelle et civique de la ville, notamment en tant que mécène de la Manchester Chemical Society. En 1836, Alfred et Lucy démissionnent de la congrégation quaker à la suite d’un désaccord sur la doctrine et rejoignent ensuite l’église anglicane. Ils ont eu huit enfants. Alfred meurt le 21 août 1856 à Merlewood, au manoir conçu pour lui par son voisin George Webster à Grange-over-Sands, dans le comté de Cumbria. Il est enterré dans l’église voisine de St Paul, Lindale.
Il existait une amitié entre Alfred Binyon et le Pasteur Émilien Frossard, déjà en 1851. Une annonce parue dans le Soulby Ulveston Advitiser done des indications sur la nature des liens qui unissent Frossard et la famille Hoyle-Binyon : « GRANOR-BAZAAR – La semaine dernière une brocante s’est tenue à Yewbarrow Lodge, Grange, à la résidence d’Alfred Binyon, Esq., pour participer au financement (au profit) de la construction d’une église protestante à Bagnères-de-Bigorre, Hautes-Pyrénées. Il y avait là une grande collection d’ouvrages raffinés à vendre, apportés par les amis personnels du pasteur. Cette vente très prisée a attiré un grand nombre de personnes du voisinage qui est venu et a acheté une grande partie des articles à vendre. »1
C’est Alfred qui a suggéré la construction d’un nouveau temple à Bagnères-de-Bigorre. Son voyage avec sa famille dans les Pyrénées en 1853 coïncide avec le choix d’un site pour le futur temple. Voir l’annonce ci-dessous :
1. GRANOR-BAZAAR – Last week, a grand fancy bazaar was held at Yewbarrow Lodge, Grange, tho residence of Alfred Binyon, Esq., in aid of the erection of a Protestant Church at Bagneres de Bigorre Hautes-Pyrenees, There was a large collection of fancy work for sale, contributed by the personal friends of the pastor, and a great muster of the fashionable from the surrounding neighbourhood paid a visit, and purchased largely of the articles for sale.


L’association Guillaume Moran a publié des actes en 2025. Vous y trouverez en pages 279-287, la lettre originale d’Alfred Binyon et sa traduction. La lettre a été traduite et présentés par Stéphane Rémy.

Émilien Frossard aux sources du pyrénéisme
Les auteurs viennent de faire paraître en septembre 2024, aux éditions du CAIRN, un magnifique ouvrage bien documenté et particulièrement fourni en illustrations. Le livre est préfacé par Jean-François Le Nail, ancien directeur des archives départementales des Hautes-Pyrénées.
Bertrand Gibert est agrégé de Lettres modernes et docteur en Communication, Arts et Spectacles de l’Université Bordeaux-Montaigne.
Philippe Fermigier est tailleur de pierre, diplômé en Restauration des Monuments Historiques et amateur averti d’iconographie pyrénéenne, en poste au château de Pau.
Funérailles d’Émilien Frossard
Il décéda le 25 janvier 1881 à Bagnères-de-Bigorre. Le pasteur Blanc, l’un de ses gendres, procéda à la levée du corps puis le cortège se dirigea vers le temple qui ne put contenir l’ensemble des participants. Un livret « Funérailles du pasteur Frossard » contient les discours prononcés le 28 janvier par plusieurs des personnalités présentes.
Une plaque qui mentionne qu’il fut un homme de bien est apposée au 4, avenue du Maquis de Payolle à Bagnères-de-Bigorre sur la maison Frossard.

